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Une nouvelle vision de la nature de l’univers

Dernière mise à jour : 24 août 2023

Que se passe-t-il lorsqu’un Docteur en Physique rencontre un médecin et praticien de Médecine Chinoise Classique ? Ils parlent d’univers. De la nature de l’univers. Et leurs idées sont loin d’être opposées.


Voici la première partie rédigée d’une rencontre entre Dr. Xavier Aupi (physicien) et Dr. Ed Neal (médecin en médecine classique chinoise, spécialiste du Huang Di Nei Jing), tous deux invités de Pere Garcia Carreté(1).

NB : Le texte a été légèrement modifié pour une lecture plus aisée et les mots entre [ ] sont mes ajouts pour clarifier le texte.

 

Pere Garcia Carreté (P.G.C.) : S’il vous plaît Dr. Neal pouvez-vous vous présenter ?


Ed : Je suis médecin (M.D.) et j’étudie la Médecine Chinoise depuis 40 ans; j’ai traduit un vieux livre sur la Médecine Chinoise, le Huang Di Nei Jing, qui porte principalement sur les notions d’espace-temps et de la nature du cosmos. Je suis très intéressé d'écouter Dr Xavier qui est physicien et qui est arrivé à des conclusions similaires ; parce que depuis 30 ans nous essayons de construire un modèle descriptif de toutes ces choses, mais nous n’avons pas le langage des maths ou de la physique. J’ai hâte d’entendre ce qu’il va nous dire aujourd’hui.



P.G.C. : Dr. Xavier est-ce que vous voulez vous présenter et parler un peu de votre recherche?


Xavier : Oui merci, ma recherche a commencé il y a longtemps aussi, dans le domaine de la recherche fondamentale en physique, particulièrement sur la nature du temps et de l’espace-temps. Je travaille là-dessus et j’ai fait la démonstration, la preuve théorique, que l’univers est cyclique.

Ce qui signifie qu’à une échelle microscopique, après le Big Bang, l’univers connaît un mouvement d’expansion, et ensuite un mouvement de retour au Big Crunch, et ensuite au Big Bang à nouveau, comme un battement de cœur. C’est ce que je comprends de l’univers cyclique à l’échelle microscopique. Mais il est aussi cyclique à l’échelle macroscopique – ce phénomène de pulsation/battement se déroule à toutes les échelles dans l’univers. Donc je travaille là-dessus, du point de vue microscopique surtout, et du point de vue de la physique quantique aussi. Ces temps-ci j’essaye d’unifier ces aspects, au moins du microscopique au macroscopique. C’est ce dont parle le livre que je viens de publier.



P.G.C. : Merci Dr Xavier. Peut-être pourrions-nous commencer avec des questions qui vous sont familières à vous deux, à vos domaines de recherche, comme quelle est la nature de l’univers, ou la nature de l’espace-temps ?


Ed : Vous savez, une des raisons pour laquelle c’est tellement intéressant pour moi, c’est que les textes que j’étudie ont été écrits plusieurs siècles avant J.C. en Chine, il y a très, très longtemps. Et où je trouve une vraie connexion, c’est dans les descriptions modernes de la théorie des champs quantiques et de la physique quantique, ce qui est incroyable pour moi. Au début quand j’étudiais cela - et je n’ai pas de formation en maths - mais quand j’ai commencé à traduire ce texte et après quelques années, j’ai compris que ce livre parlait principalement de la nature de l’univers et non pas de la médecine. Et la nature de l’univers décrite dans ce livre, c’est un schéma de mouvement(2). Quand on se pose la question sur la nature de l’univers, on tombe sur une question basique : est-ce que l’univers est aléatoire ou y a-t-il des schémas prédéfinis ? Nos sens nous indiquent qu’il y a des schémas, mais nous devons faire attention, parce que nos propres sens peuvent nous tromper (comme par exemple pour la notion du temps qui passe). Si on assume qu’il y a des schémas, quand on parle des schémas ou de la nature de l’univers, on parle essentiellement des schémas de mouvements de l’espace-temps. Et lorsque nous regardons des choses [matérielles], celles-ci sont un cas particulier de mouvements de l’espace-temps. Mais nous vivons dans un univers matériel, donc on croit que tout tourne autour du monde des objets.


Mais dans les textes anciens ils disent que ce que nous voyons, ce n’est pas la nature de l’univers, c’est la manifestation de cette nature, de ce schéma ; nous ne pouvons donc pas voir le schéma [de mouvement] directement, mais on peut l’appréhender à travers les choses qu’il crée, c’est comme lire un livre à l’envers...Mais avec nos sciences on a tendance à se fixer sur le monde matériel, c’est très différent. Ils disent que derrière toute chose existe un schéma de mouvement. Et donc la question est : est-ce que ce schéma suit une règle ? Ou est-il aléatoire ?

Ce qu’ils disent [les textes anciens] c’est qu’au début il n’y avait rien, il y avait le néant, comme le moment avant le Big Bang. Puis il y a eu un mouvement, et ce mouvement créa l’espace et le temps, et que cet espace et ce temps sont fait d’un tissu/d’une matrice, un peu comme l’océan dans un certain sens, ou l’eau, et que cette matrice s’appelle Qi. Le mouvement d’espace-temps peut se manifester de nombreuses manières différentes, par exemple il peut provenir du centre et aller dans toutes les directions, ou il peut être aléatoire. Ce qu’ils disent, c’est que la nature de l’univers, quand on se rend jusqu’aux niveaux qu’on ne peut pas voir, c’est un schéma de mouvement qui alterne entre 2 polarités, d’un côté à l’autre, se déplaçant entre un point et un autre, mais pas juste de façon linéaire, dans toutes les directions, en retournant à sa source. C’est le modèle universel du tout.

Par exemple c’est ce qu’on appelle "souffle/respiration", ou mouvement du "souffle" : on dit que l’univers est une respiration qui se meut à travers l’espace-temps et émane au travers de configurations dimensionnelles différentes dans et hors de la forme physique. C’est ça la nature de l’univers. Xavier vient juste de donner cette merveilleuse description de l’univers en tant que battement de cœur, ce que j’aime encore mieux. Mais quand on parle de souffle ou de respiration, on ne parle pas juste de la respiration des poumons, mais en fait de n’importe quel mouvement cyclique comme un battement de cœur...c’est un résumé rapide de notre travail.


P.G.C. : Ce modèle universel qui décrit un schéma de mouvement, c’est ce que tout le monde connaît comme le mouvement yin-yang.


Ed : oui les gens appellent cela yin et yang, mais lorsqu’on parle de Qi et Yin-Yang, ces termes ont une certaine connotation aujourd’hui. Ma recherche montre que les sens premiers [de ces termes] ont été perdus assez tôt. Qi est souvent traduit par "énergie", ce qui n’est pas ce que ce terme veut dire ; et Yin et Yang sont souvent traduit par principes mâle et femelle par exemple, mais ces termes sont une manifestation du Yin et du Yang

Si on considère le Qi, on peut dire que c’est la matrice de l’espace-temps, que Yang signifie le mouvement d’une respiration cyclique d’expansion vers l’extérieur, et Yin un mouvement de contraction vers l’intérieur.


Xavier : quand j’écoute Ed, je trouve qu’il y a une correspondance totale entre le Nei Jing et la physique. Nous avons juste besoin de nous mettre d’accord sur le langage utilisé.

Par exemple, quand Ed dit "ce que nous voyons, c’est la manifestation d’un schéma de mouvement". Oui, nous ne voyons que ce qui se manifeste, et le schéma de mouvement est un concept beaucoup plus vaste, qui se développe au-delà de l’horizon d’observation. Mes recherches sont basées sur le fait qu’il y a présence de création, ou absence de création, et ces deux natures différentes alternent entre elles, tout comme l’ombre et la lumière de la Lune. Donc par exemple si on change "présence de création" par Yang, et "absence de création" par Yin, alors tout ce qu’Ed raconte a un sens.

Par exemple, Yang est l’expansion, Yin est la contraction. Lorsque je dis que la "présence de création" augmente la taille de l’univers, a tendance à l’expansion, il arrive un point où il va se contracter. Ce qui veut dire que la "présence de création" va diminuer, et "l’absence de création" va augmenter. Donc Yang diminue et Yin augmente.

Est-ce que ce cela vous paraît logique ?


Ed : je pense que nous en sommes proches mais ils [les auteurs du Huang Di Nei Jing] voient les choses un tout petit peu différemment ; ils ne disent pas présence ou absence de création, je ne crois pas. Ce qu’ils disent – de ce que je comprends – c’est que lorsqu’il y a expansion du souffle, l’ordre se crée. C’est comme lorsque que quelque chose émerge du champ quantique, à cause d’un certain apport d’énergie, cela donne quelque chose que nous pouvons observer avec un niveau plus élevé d’ordre. Dans le Nei Jing ils décrivent aussi la notion de passer par différents états quantiques, comme en mécanique quantique, mais ils ont donné deux mots pour décrire cet aspect de changement : Bian et Hua. Bian signifie une sorte de changement où les choses se manifestent, donc le souffle se répand et un ordre supérieur se crée. Pour chaque mouvement d’expansion, un monde, un schéma se crée. Et ensuite ils ne disent pas que l’autre mouvement est une "absence", ils le nomment plutôt transformation Hua. Hua est l’autre phase du souffle, cet ordre qui se dissout, en retournant à sa nature élémentaire pour pouvoir reformer la prochaine phase.

Par exemple quand un enfant grandit, il y arrive en mangeant, en digérant des aliments, pour que le corps puisse les réutiliser et fabriquer quelque chose d’autre. Donc ils diraient qu’il y a différents aspects du souffle, mais je ne sais pas s’ils utiliseraient le terme "absence", car c’est une phase très active ; la phase de dissolution est la phase la plus importante, lorsque les choses retournent à la racine du souffle, pour renaître dans le souffle suivant. Nous pouvons facilement voir cette phase Hua dans le monde actuel – donc il y a aussi un aspect d’auto-régulation...car si le monde se sur-développe, par exemple avec une population trop importante, la nature appelle la transformation Hua pour le déstabiliser, le décomposer pour qu’il reforme un nouveau souffle...Donc c’est légèrement différent je crois.



Xavier : oui mais quand je dis "présence de création", quand la création émerge, c’est comme si quelque chose se déplie...et quand "l’absence de création" commence à gagner, c’est comme si quelque chose se replie.


Ed : Je crois qu’on parle de la même chose, les mots sont juste un peu différents. La raison de cette différence c’est que lorsque nous sommes dans la phase de repli, le retour vers la source, c’est en fait la phase la plus importante. Si on regarde le mouvement d’une respiration, si on a seulement un mouvement d’expansion, ce n’est plus un souffle en fait, c’est un mouvement linéaire. Comme dans le Dao De Jing(3) où il est dit "le retour est la nature des choses", des mouvements ; c’est ce retour qui crée le souffle. Il y a beaucoup de choses qui se passent là, ces concepts sont tellement importants. La phase de dissolution est tellement importante, c’est de là qu’une nouvelle vie émerge. Lorsque les choses créent des schémas, c’est en fait un évènement après-coup du retour du souffle. Donc si le souffle revient, il génère naturellement des schémas manifestés – c’est l’idée de retour qui maintient le mouvement cyclique.



Xavier : nous sommes d’accord qu’il s’agit d’un cycle.

L’univers s’exprime au travers d’un cycle, ou d’un cycle entre deux polarités – c’est ce que j’appelle le cycle fondamental, qui se manifeste physiquement par un mouvement de l’espace-temps. De notre point de vue, immergé dans la structure, c’est une vibration. La nature de l’univers est donc un mélange d’espace et de temps, et ce mélange est une vibration.



Ed : ici je suis complètement d’accord.

Ce qui prête à confusion, et ce qui m’a perturbé pendant un certain temps, c’est la présence du monde matériel, physique, discernable. Car c’est là où on vit, c’est cela qu’on essaye de comprendre – mais avec le temps, j’ai pensé "ils ne parlent vraiment pas de ça" et on a commencé à utiliser les mots univers vibratoire, vibrant en tout temps, et le mot pour cela est champ de résonance. On voit les choses et on pense qu’elles sont solides, mais en fait c’est le problème de notre perception plutôt que de la nature de l’univers. Les textes anciens parlent de l’influence de l’espace, des étoiles etc. comme d’une musique (comme d’autres ont décrit dans le passé) et ils ont écrit une partition pour ça. Ce que la musique veut dire c’est ça : une vibration, qui affecte les étoiles, qui affecte les planètes. C’était perturbant pour moi. J’en suis venu à l’idée que les formes du monde, qui ont l’air solide, sont en fait un aspect d’un mouvement ralenti, assez ralenti pour qu’on puisse le voir de nos propres yeux et les ressentir par le toucher ; mais en fait [toutes ces choses] sont en mouvement, dans une échelle de temps différente. C’est comme mon ordinateur, ici ; il a l’air totalement solide, mais dans cent mille ans, il ne sera plus là – où est-il passé ? Son échelle de temps et de mouvement est ralentie ; tout est en mouvement, prenant forme et se désagrégeant – la forme est ce que nous pouvons voir, mais tout est schéma de mouvement…

Une idée provenant des champs quantiques est qu’il n’y a pas d’espace vide. On parle de "tenségrité", ce qui veut dire que toutes les parties affectent les autres, comme une musique, une vibration, donc si vous faîtes quelque chose à un bout de l’univers, cela change tout – bien que nous n’ayons pas encore pu mesurer cela – cela change tout simultanément, mais à un niveau vibratoire.


Est-ce que cela fait du sens pour vous Xavier ?


À suivre…


1. La vidéo est consultable ici en anglais: https://neijingstudies.com/

2. pattern of motion en anglais.

3. parfois écrit Tao te king 道德經 ouvrage classique chinois qui, selon la tradition, fut écrit autour de 600 av. J.-C. par Lao Tseu


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